La Fédération du Crédit Mutuel Agricole et Rural (CMAR), structure nationale dédiée au marché de l'agriculture, a tenu le 2 juin son assemblée générale annuelle. Son président Jean-Louis Bazille et Sébastien Prin, son directeur, ont ouvert cette édition 2021 connectés aux élus et responsables du marché de l'agriculture des fédérations du Crédit Mutuel ainsi qu'au président confédéral, Nicolas Théry.

La fédération du CMAR a fait le constat des changements et des adaptations entraînées par la pandémie de Covid 19. Cette assemblée générale a également souligné la réactivité et la solidarité dont le Crédit Mutuel a fait preuve dans cette période difficile sur un marché où il continue à progresser : avec 17 % des encours de prêts à moyen et long terme, le Crédit Mutuel s'affirme toujours comme la 2e banque de l'agriculture.

Face aux mutations à l'œuvre et aux défis en jeu en agriculture, tour d'horizon avec Jean-Louis Bazille, Président du CMAR et viticulteur dans le Maine-et-Loire.

Crédit photo : Emmanuel Robert-Espalieu

Après une crise sanitaire de plus d'un an, quelle est la situation de l'agriculture française aujourd'hui ?

Après cette année de chamboulement, on peut dire que l'agriculture et la filière agro-alimentaire ont répondu positivement, sans rupture d'approvisionnement dans les magasins, avec la mise en avant des circuits courts, permettant une autre façon de s'alimenter.

Les agriculteurs ont continué à s'occuper de leurs cultures et de leurs animaux sans discontinuité. Il n'y a pas de télétravail en agriculture !

Le consommateur a aussi pris conscience de l'importance dans son alimentation de la qualité des produits et de leur origine, avec une prime à l'origine France, à la proximité, bref à la redécouverte de l'agriculteur local, facteur de confiance, en ces périodes de doute.

Attention toutefois, à ne pas créer deux marchés : un pour les classes supérieures et un autre pour le reste de la population. Gardons à l'esprit que, suite à cette pandémie, selon les chiffres de la FAO, 20 millions de personnes ont basculé dans l'insécurité alimentaire aigue en 2020, soit au total, 155 millions d'individus dans le monde.

La profession agricole a été très durement touchée en avril par des conditions climatiques catastrophiques pour de nombreuses cultures. Quelle est votre analyse de la situation sur le terrain ?

S'il y a bien une profession qui ressent au plus proche le changement climatique, ce sont les agriculteurs ! Le gel d'avril est venu cruellement nous le rappeler. Que l'on ait des mois d'avril frais, c'est normal. Comme le dit le dicton : « en avril, ne te découvre pas d'un fil ». A la sortie de l'hiver, le risque de gel a toujours été présent. Mais nous avons des hivers de plus en plus doux, voire très doux, avec une reprise végétale qui apparait dès mars. C'est cette douceur de fin d'hiver qui est source de difficulté. Les plantes repartent plus tôt et c'est le coup de bambou en avril. C'est dramatique pour ceux qui sont touchés et ces catastrophes climatiques vont se reproduire.

Ce dernier épisode de gel a renforcé la conviction de tous de l'urgence de revoir le système de protection contre les aléas. Une solution doit être trouvée pour sécuriser la ferme France et faciliter les investissements en faveur de cette transition agricole souhaitée et cette autonomie alimentaire revendiquée.

Comment se dessine le monde de l'après crise en agriculture ? Quelles sont les grandes tendances structurantes à l'œuvre sur ce marché ?

Je vois deux défis à relever pour l'avenir de notre agriculture : celui du renouvellement des générations et de la transition écologique.

L'agriculture doit se mettre en mouvement face aux enjeux écologiques. Nous, agriculteurs, sommes les premiers maillons de la chaine alimentaire. Nous avons la charge de soigner ces quatre biens communs que sont l'eau, l'air, le sol, et la biodiversité. Prendre soin de ces ressources aidera à s'adapter au dérèglement climatique. Le modèle agricole de demain devra nourrir et réparer le système terre.

L'enjeu principal est de faire progresser les pratiques. L'innovation est en route, j'en suis convaincu, mais ne décourageons pas celles et ceux qui se battent tous les jours pour faire vivre leur exploitation et leur famille. La transition écologique doit être guidée par une approche objective et rationnelle, non conditionnée par des approches idéologiques.

Autre souci majeur, le renouvellement des générations. L'attractivité et la rémunération des métiers agricoles sont au cœur de cet autre défi. C'est l'une des missions importantes de notre mouvement mutualiste que d'accompagner ces jeunes qui font la vie de nos territoires.

Après 8 ans années à la présidence du CMAR, vous passez aujourd'hui la main à Christian Guilbard. Quels messages souhaiteriez-vous donner à ce nouveau Président et à tous les administrateurs du CMAR pour les prochaines années ?

D'abord garder le cap pour aider notre banque mutualiste à accompagner les femmes et les hommes qui font l'agriculture. Il faut préserver cette agriculture française qui nourrit, mais qui est aussi innovante, régénérative et réparatrice.

Je conseillerais également de préserver la force de ce collectif qu'est notre fédération du CMAR, qui, année après année, quelles que soient les difficultés, continue de travailler avec sérieux pour aider à construire l'agriculture de demain.